Chapitre 1 Les différentes modalités de financement des activités économiques
I. Les financements interne et externe des activités économiques
Les agents économiques, au premier rang desquels figurent les entreprises, mènent des activités économiques qui se doivent d’être financées (il n’est en effet pas possible d’effectuer une dépense sans qu’elle ne soit financée). Les financements peuvent être issus de diverses sources qu’il est possible de regrouper en deux ensembles : les financements de source interne et les financements de source externe.
A. Le financement interne ou autofinancement
Le financement interne des activités économiques d’une entreprise correspond à l’utilisation de ressources appartenant à l’entreprise elle-même, si bien que le financement interne d’une activité est appelé « autofinancement » (au sens littéral du terme, « autofinancement » renvoie à un « financement par soi-même »). Ainsi, en autofinançant une activité, une entreprise ne fait appel à aucun agent économique.
La capacité d’une entreprise à s’autofinancer est mesurée par son taux d’autofinancement. Ce dernier est déterminé par le rapport entre le montant de l’épargne de l’entreprise et le montant de ses investissements. De la sorte, un taux d’autofinancement de 100 % signifie que l’entreprise est en mesure de financer la totalité de ses investissements avec sa propre épargne ; un taux d’autofinancement de 50 % signifie en revanche que l’entreprise n’est en mesure de ne financer que la moitié de ses investissements avec sa propre épargne.
L’autofinancement présente à la fois des avantages et des inconvénients.
Du côté des avantages, on peut relever le fait que l’autofinancement d’une activité assure une réelle indépendance dans les choix et une liberté totale d’action puisqu’aucun compte n’est à rendre à personne au niveau de l’utilisation des ressources. Également, l’autofinancement favorise la prise de conscience de l’importance des dépenses effectuées : les sommes utilisées étant celles de l’entreprise elle-même (qu’elle a parfois mis du temps à constituer), les dépenses tendent à être plus mesurées, plus réfléchies. Enfin, en poussant les entrepreneurs à s’investir totalement et personnellement, l’autofinancement mène généralement à des projets plus créatifs, plus originaux, plus empreints de la personnalité unique de l’entrepreneur.
Du côté des inconvénients, trois points principaux peuvent être mis en avant. Premièrement, l’utilisation des ressources propres de l’entreprise la pousse à utiliser son épargne, laquelle est constitutive d’un « matelas de sécurité » mobilisable en cas de difficultés. Ceci place l’autofinancement comme un mode de financement exposant assez largement les entreprises aux difficultés, même temporaires. Deuxièmement, d’un point de vue strictement financier, le recours à l’endettement par crédit bancaire est généralement plus intéressant que l’autofinancement en raison de la présence d’un « effet de levier ». Enfin, l’autofinancement est souvent considéré comme un mode de financement non adapté à des projets peu risqués que les banques sont souvent disposées à financer en raison du faible risque ; utiliser l’autofinancement dans le cadre de tels projets semble faire courir un risque inutile à l’entreprise (la consommation de ses ressources propres).
Les données statistiques à disposition mettent en évidence des taux d’autofinancement des entreprises marqués par deux caractéristiques principales. La première est la différence de niveau entre le taux d’autofinancement des grandes entreprises et celui des PME ; ce dernier est en effet en moyenne plus élevé chez les grandes entreprises en raison notamment de la réalisation de marges plus importantes et d’un accès aux financements externes plus aisés (permettant de ne pas « consommer » l’épargne, qui reste alors disponible pour l’autofinancement). La seconde caractéristique est la différence de volatilité entre le taux d’autofinancement des grandes entreprises et celui des PME ; ce dernier est beaucoup plus volatile chez les grandes entreprises (passage de 60 % en 2004 à 130 % en 2006, soit +70 points en seulement deux ans, alors que les variations chez les PME sont au maximum de 20 points sur une période plus longue).
B. Le financement externe
Le financement externe des activités économiques correspond à l’utilisation de ressources n’appartenant pas à l’entreprise mais à des agents extérieurs à celle-ci. Le crédit bancaire et le recours aux marchés de capitaux constituent les deux formes principales de financement externe ; elles sont complétées par d’autres formes telles que le crowdfunding ou les business angels.
Le financement par crédit bancaire consiste à emprunter auprès d’une ou plusieurs banques les fonds nécessaires au financement d’un projet ou d’une activité. Le recours aux marchés de capitaux consiste à emprunter directement des fonds à des agents disposant de capacités de financement par le biais de diverses possibilités dont les deux principales sont l’émission d’actions et l’émission d’obligations.
Une action est un titre de propriété représentatif d’une partie du capital social de l’entreprise : concrètement, cela signifie que l’entreprise qui souhaite se financer via l’émission d’actions octroie un certain nombre d’actions à un agent en contrepartie des sommes qu’il lui apporte, ces actions lui donnant le statut de propriétaire de l’entreprise et lui ouvrant un certain nombre de droits (dont celui de recevoir une partie des bénéfices – dividendes – réalisés par l’entreprise).
Une obligation est un titre de créance : cela signifie que l’entreprise souhaitant se financer via des obligations collecte des fonds auprès des agents désireux de la financer ; l’entreprise leur remboursera ces fonds à une date donnée avec un intérêt fixé à l’avance, sans que cela n’ouvre aux agents financeurs le statut de propriétaire. Ainsi, les financements par actions et par obligations reposent sur le même principe de recours à des agents externes présents sur les marchés de capitaux et désireux de financer l’entreprise, mais diffèrent par les modalités de ce financement. Le financement externe, outre le crédit bancaire et les marchés de capitaux, peut également être mené via des modes plus marginaux tels que le crowdfunding (financement par la foule consistant à mobiliser directement les fonds de particuliers non professionnels souhaitant financer un projet précis) ou les business angels (financement de projets, souvent risqués, par des particuliers aux disponibilités financières souvent importantes).
Le financement externe, qui repose nécessairement sur la confiance des agents apportant leurs fonds à l’entreprise, présente des avantages et des inconvénients.
Du côté des avantages, ce mode de financement permet en premier lieu de ne pas utiliser la trésorerie disponible de l’entreprise et de conserver cette dernière pour faire face à d’éventuelles situations difficiles à venir ou des projets risqués pour lesquels les financements externes sont plus durs à trouver. Deuxièmement, le financement externe est potentiellement plus facile à obtenir étant donné la multiplicité des acteurs pouvant y participer (particuliers, banques, assurances, fonds d’investissement, autres entreprises, institutions, etc.) et la diversité des formes disponibles (crédits, actions, obligations, etc.). Enfin, le financement externe permet de définir assez précisément les modalités du financement : choix entre titre de propriété et titre de créance (actions/obligations), taux d’intérêt versés, etc.
Du côté des inconvénients peuvent être relevés un coût supérieur à l’autofinancement et pouvant parfois être élevé (pour un financement de projet risqué, le coût sera généralement élevé en raison du risque pris par le financeur) et la mise en dépendance de l’entreprise vis-à-vis de ses financeurs (nécessité de justifier l’utilisation des fonds).
II. Les financements externes direct et indirect
Les différentes modalités de financement externe évoquées peuvent être réparties en deux ensembles complémentaires : le financement externe direct (passant par les marchés de capitaux) et le financement externe indirect (passant par les institutions financières que sont les banques).
A. Le financement externe direct et les marchés de capitaux
Le financement externe direct repose sur une rencontre directe des agents à capacité et à besoin de financement sur les marchés de capitaux, sans qu’aucun intermédiaire n’intervienne. Les agents à capacité de financement choisissent précisément les entreprises auxquelles ils souhaitent directement apporter leurs fonds.
Les marchés de capitaux, qui constituent le lieu virtuel de cette rencontre, sont traditionnellement distingués en fonction de l’horizon temporel des financements qu’ils permettent : on distingue ainsi le marché monétaire, sur lequel les financements apportés sont de court terme (d’une journée à un an), des marchés financiers, sur lesquels les financements sont de long terme. Le marché monétaire organise la mise en relation directe des agents à l’aide d’outils de financement tels que les certificats de dépôt ou les billets de trésorerie (titres dont la valeur minimale est de 150 000 € et qui assurent un financement à un horizon compris entre une journée au minimum et un an au maximum). Les marchés financiers qui organisent la rencontre directe des agents autour de financements de long terme peuvent à leur tour être décomposés en différents marchés dont les deux principaux sont le marché des actions et le marché des obligations.
B. Le financement externe indirect et les institutions financières
Le financement externe indirect se différencie du financement externe direct par la présence d’intermédiaires s’interposant entre les agents à besoin de financement et les agents à capacité de financement. Ces intermédiaires sont traditionnellement les banques : ces dernières collectent des fonds auprès d’agents (ces derniers « déposent » leurs fonds disponibles à la banque, si bien que l’on parle de « dépôts ») dont elles se servent ensuite pour effectuer des prêts auprès d’autres agents recherchant des financements (ces prêts portent le nom de « crédits »). Ainsi, les banques orientent les fonds collectés auprès d’agents à capacité de financement en direction des agents à besoin de financement, sans que les premiers ne sachent qui ils financent indirectement, et sans que les seconds ne sachent qui les financent indirectement. Au sein de cette mise en relation indirecte, les banques versent des intérêts aux déposants (agents à capacité) et prélèvent des intérêts aux emprunteurs (agents à besoin), en s’organisant de manière à ce que les opérations soient rentables. Notons par ailleurs que les banques complètent cette mise en relation indirecte par une création monétaire dont elles ont le pouvoir.
Les entreprises peuvent potentiellement utiliser les deux formes de financement externe (direct et indirect) ; d’ailleurs, la volonté de lever des financements importants pousse généralement à l’utilisation de ces deux possibilités complémentaires. Néanmoins, les données statistiques à disposition mettent en évidence un recours au crédit bancaire en diminution depuis 2007, symétriquement compensée par un recours croissant aux marchés financiers. Ainsi, le financement externe des entreprises (grandes et petites) assuré par le crédit bancaire est passé de 70,2 % en 2007 à 62,8 % en 2014, soit une baisse de 7,4 points ; cette baisse a logiquement été compensée par une hausse de +7,4 points du financement par les marchés financiers sur la même période. Cette modification du mode de financement externe des entreprises, qui s’explique notamment par les craintes des banques depuis la crise de 2008 et les nouvelles obligations auxquelles elles font face en termes de constitution de sécurités, pénalise davantage les PME que les grandes entreprises. En effet, si les grandes entreprises peuvent assez aisément se financer sur les marchés financiers en raison de la diversité des outils et de leur réputation, c’est loin d’être le cas pour un nombre important de PME pour lesquelles les marchés de capitaux ne sont pas accessibles et le crédit bancaire constitue la source principale de financement externe.